POINTS DE VUE SUR LA TECHNOLOGIE
Stratégies de mise en marché : l'impact des suites et des logiciels à compatibilité restreinte sur l'architecture
Ce numéro de Points de vue sur la technologie de CGI analyse les répercussions des stratégies de mise en marché des fournisseurs de produits technologiques sur l’architecture des solutions. Les décisions relatives aux composants de l’architecture sont tributaires des produits qu’il est possible d’acheter et de leurs prix. Les choix les plus judicieux sont les composants de premier ordre, fondés sur des normes et offerts par au moins deux fournisseurs.
- Les composants fondés sur des normes devraient assurer l’interopérabilité, diminuer les coûts d’intégration et empêcher que le client devienne captif du fournisseur.
- Les forces du marché qui entrent en jeu quand au moins deux entreprises offrant des produits comparables se livrent concurrence devraient garantir que les prix demeurent raisonnables, pourvu que la marge bénéficiaire soit assez élevée pour assurer la viabilité des fournisseurs et des produits.
- Les architectures qui s’appuient sur des composants de premier ordre, acquis à prix justes, sont susceptibles d’apporter la contribution la plus élevée à la valeur de la technologie.
Deux stratégies de mise en marché peuvent empêcher les entreprises clientes d’avoir accès à des produits de premier ordre. La première, qui commande des prix élevés, consiste à regrouper des composants logiciels au sein de suites ou, en d’autres termes, à intégrer plusieurs logiciels émanant du même fournisseur de manière à offrir une foison de fonctionnalités. La deuxième repose sur la mise en marché de produits que ne sont compatibles qu’avec des composants matériels, des systèmes d’exploitation, des réseaux ou des appareils particuliers. Il ne s’agit pas là de stratégies techniques mais bien de stratégies commerciales visant à lier les clients et à maximiser la rentabilité des fournisseurs.
Dans ce numéro, nous examinerons les conséquences des regroupements dont le secteur des TI est la scène, tant à l’échelle des produits qu’à celle des entreprises. Par suite de ces regroupements, les clients disposent de moins d’options et deviennent plus facilement dépendants d’un seul fournisseur de logiciels ou de matériel. La normalisation redonne toutefois une certaine latitude aux organisations, tout comme les architectures qui leur permettent de prendre des décisions. Les suites ont de la valeur car elles sont intégrées par le fournisseur avant d’être vendues aux clients. Elles mettent les entreprises de services en TI au défi de conserver leur emprise sur leur évolution technologique et d’optimiser leur rentabilité plutôt que celle de leurs fournisseurs.
Ce numéro aborde le sujet des suites et des logiciels à compatibilité restreinte sous quatre angles importants :


Le client est captif de bout en bout
On croit généralement que le monde des télécommunications privilégie la normalisation et l’interopérabilité. Néanmoins, en ce qui concerne le segment de la mobilité, il existe deux technologies de réseaux non compatibles, l’accès multiple par répartition en code (AMRC) et le système mondial de communications mobiles (GSM) – ainsi que deux supports d'interconnexion non compatibles, celui de Blackberry et celui de Microsoft. Le client est captif de bout en bout. En d’autres termes, toutes ses activités dépendent de son fournisseur, de l’utilisateur au centre de traitement des données. Sous l’angle technologique, il n’existe aucun empêchement majeur à l’interopérabilité au sein de l’architecture. Les obstacles découlent du choix que les fournisseurs ont fait d’utiliser des produits à compatibilité restreinte.
Plus concrètement, deux solutions dominent présentement le segment entreprises du marché des communications mobiles : 1) la solution Blackberry, bien éprouvée, qui regroupe le combiné, un réseau de communication amélioré et les serveurs Blackberry, Microsoft Exchange ou IBM Notes; 2) la plate-forme de Windows, qui se fonde sur Windows Mobile, en ce qui a trait à l’appareil, sur les serveurs Windows Server et Microsoft Exchange, ainsi que sur les réseaux de communication. N’essayez pas d’utiliser un Blackberry à l’extérieur de l’univers Blackberry. Ne tentez pas non plus de relier Windows Mobile à votre infrastructure d’entreprise Blackberry. Vous perdriez votre temps.
Malgré plusieurs déclarations permettant d’espérer un rapprochement, il existe actuellement deux voies divergentes, qui demeurent loin de se croiser : la voie Blackberry et la voie Microsoft. En quoi cela concerne-t-il les entreprises? Les applications mobiles de l’avenir coexisteront avec les appareils de poche actuels et avec les infrastructures de messagerie qui soutiennent les présents systèmes de courriel sans fil.

Le rôle d’un système d’exploitation est de permettre l’utilisation des applications
Tout le monde peut admettre que l’environnement Windows Desktop de Microsoft est celui qui convient le mieux à l’utilisation des applications conçues pour le système d’exploitation Windows. Il existe toutefois quelques solutions de rechange reconnues.
Première solution de rechange – Apple propose une solution éprouvée et acceptée par le secteur des TI. Cette solution détient une part de marché relativement faible et cela ne devrait pas changer, compte tenu de son positionnement. Bien que l’expérience Apple repose sur des processeurs Intel et sur des composants PC standards, on n’y a accès qu’en utilisant un ordinateur Apple. Le système soutient d’emblée la norme de facto du secteur : la suite Microsoft Office. Il existe donc une solution de rechange acceptée et pourtant, rien n’indique qu’Apple a l’intention de pénétrer le créneau des systèmes d’exploitation. Nous sommes en présence d’une stratégie de mise en marché axée sur les produits à compatibilité restreinte – ou sur les suites, si on veut le voir ainsi. Apple ne commercialise pas un système d’exploitation, mais bien des logiciels, des applications et du matériel intégrés à la manière d’une suite.
Deuxième solution de rechange – On pourrait dire que dans le contexte micro-informatique, le navigateur tient lieu d’ordinateur. Pensons un instant à l’évolution qui nous a menés du terminal passif au terminal X puis au micro-ordinateur autonome. Le terminal passif procurait une interface élémentaire entre l’utilisateur et un ordinateur à distance. Encore aujourd’hui, le terminal X permet une interface riche entre un utilisateur et un ordinateur placé à proximité ou à distance. Finalement, le PC autonome a amené l’ordinateur à l’utilisateur.
Pour différencier un terminal X d’un navigateur, on pourrait dire que le terminal X est une interface reliant l’utilisateur à un seul ordinateur alors qu’un navigateur Web est une interface entre l’utilisateur et un réseau d’applications distribuées. Il suffit de consulter le site de Google (gmail) et d’autres sites regorgeant de fonctionnalités pour trouver des exemples de l’univers d’applications auquel un navigateur donne accès. Le navigateur est le niveleur des systèmes d’exploitation. Peu importe que le système d’exploitation soit signé Apple, Dell, HP, IBM, Linspire, Microsoft, Motorola, Nokia, Novell, Palmsource, Red Hat, Siemens AG, Sun, Wyse ou Xandros : l’essentiel, c’est qu’il renferme une connexion réseau active assortie de niveaux de service raisonnables. Dans ce contexte, on n’utilise pas l’informatique de la même manière que sur un micro-ordinateur autonome; néanmoins, si la principale raison d’être du PC est d’héberger un navigateur, le résultat est exactement le même.
Au cours des dernières années, on a beaucoup discuté de l’utilisation de Linux comme interface bureautique. Le principal obstacle à l’utilisation de ce système d’exploitation est la compatibilité restreinte de la suite Office de Microsoft, qui empêche de s’en servir à coût raisonnable sur Linux. Il est temps de commencer à discuter des applications plutôt que des systèmes d’exploitation.
Gare aux serveurs
Le lancement d’Office 2007 attire davantage l’attention sur le rôle des serveurs dans les bureaux. En ce qui a trait aux serveurs, Exchange a été jusqu’ici la pierre angulaire d’Office. Dans le contexte de la nouvelle version d’Office, l’utilisation active du traitement sur serveurs s’intensifiera. De plus, la dépendance du traitement sur serveurs s’accentuera pour les utilisateurs et il en ira de même pour les services informatiques, qui seront davantage liés aux serveurs Microsoft Windows. De fait, Office prendra de l’ampleur : il ne s’agira plus d’une suite pour micro-ordinateurs mais bien d’une suite pour l’ensemble de l’entreprise.
Cette évolution provoquera un élargissement des fonctionnalités et une hausse des prix. Les clients pourront rentabiliser l’investissement nécessaire pour acquérir ce produit à la portée plus vaste, pourvu qu’ils l’exploitent bien. Dans le cas contraire, ils augmenteront leurs dépenses en TI et réduiront parallèlement le rendement du capital investi. Dans bien des cas, les ententes interentreprises sont formulées de telle sorte que le client ne peut pas écarter d’emblée l’idée d’installer la nouvelle version. Cette stratégie de mise en marché a des conséquences importantes pour les services informatiques et pour les utilisateurs.
Office 2007 maintient le modèle client enrichi mais lui ajoute le modèle serveur enrichi, dans une optique d’intime interdépendance entre le client et le serveur. Le modèle fondé sur le navigateur optimise les fonctionnalités de calcul et d’affichage du client mais dépend lourdement des serveurs. Alors que le modèle Office 2007 marie étroitement le client et le serveur, le modèle fondé sur le navigateur limite les interactions entre les deux. Indépendamment de cet aspect, les deux modèles rendent les applications d’affaires plus tributaires des réseaux.

Trop chères, les infrastructures orientées services?
Les infrastructures orientées services (IOS), qui soutiennent les architectures orientées services (AOS), sont dans l’air du temps. Ces infrastructures de grande envergure, qui touchent l’ensemble de l’entreprise, permettent de convertir à l’AOS la gestion de plusieurs fonctions, entre autres la régie d’entreprise, la sécurité et les questions d’identité, la modélisation des processus d’affaires, les services de registre, l’identification des services, les bus de services d'entreprise, les essais, l’exploitation, la gestion du rendement et l’orchestration des services. Comme la plupart des nouvelles technologies, on peut les déployer une phase à la fois. Il n’est ni indispensable, ni forcément judicieux, de mettre en œuvre tous les volets d’une IOS. Un déploiement complet coûte très cher, en temps et en argent, compte tenu de la courbe d’apprentissage et de l’élargissement de l’infrastructure technologique qui s’avère alors nécessaire. Il importe donc de bien évaluer le rendement du capital investi et d’exécuter efficacement un plan conçu avec soin. Le défi consiste à obtenir des fournisseurs des offres taillées sur mesure, afin que les sommes consacrées à l’infrastructure orientée services correspondent à sa valeur.
La clé du succès du déploiement d’une AOS et d’une IOS est de les utiliser de manière optimale pour répondre aux besoins stratégiques et tactiques de l’organisation. À cette fin, il peut être nécessaire de morceler la suite pour retenir uniquement les composants qui vous permettront de respecter votre calendrier et vous procureront le rendement attendu.

Les suites et leurs biais
Trois suites occupent le devant de la scène en matière de développement d’applications. Naturellement, la suite Visual Studio de Microsoft convient tout particulièrement au développement d’applications Microsoft. De même, la suite Rational d’IBM privilégie les intergiciels IBM et Java. Quant à la plate-forme de développement universelle Eclipse, elle met l’accent sur les technologies de développement de logiciels et d’infrastructures d’applications libres.
Mais la liste des suites de développement d’applications ne s’arrête pas là. Oracle propose une suite d’outils bien adaptée aux produits Oracle alors que la suite SAP cible le développement d’applications SAP. Il existe également des outils et des suites d’outils conçus pour le développement en langage PHP.
Concrètement, pour les entreprises, cela signifie que plusieurs suites différentes existent en parallèle. Toutes les entreprises doivent accroître leur efficacité et certaines peuvent y parvenir en uniformisant les outils qu’elles utilisent et en réduisant par conséquent leurs dépenses de formation. Néanmoins, les outils qui visent un type de développement particulier procurent aussi des gains d’efficacité. L’interopérabilité des suites provenant des divers fournisseurs est faible. Plusieurs entreprises estiment qu’elles doivent utiliser plusieurs suites différentes. La stratégie selon laquelle chaque fournisseur restreint la compatibilité de ses produits afin de ligoter les entreprises diminue la rentabilité des investissements informatiques des clients.
Ceux-ci doivent harmoniser les fonctionnalités qui se recoupent et utiliser judicieusement les outils obtenus des fournisseurs de suites afin d’optimiser leur infrastructure d’applications.
|